Double mètre dégingandé, mèche rousse sur visage diaphane, oripeaux vintage, SCALDE passe rarement inaperçu, entre touche de poète beat et trouvère cosmique.
Mais la silhouette peine à illustrer totalement l’
énigmatique bonhomme qui se la trimballe, à la fois effacé et charismatique, cultivant la distance. Dandy hyperactif, SCALDE est un perfectionniste obsessionnel en quête du Graal musical qui lui permettra de mettre en musique ce qu’il perçoit du monde depuis son minuscule antre lyonnais des bords de Saône, percé à même la roche. Un défricheur de sons et de musiques, toujours à la pointe d’une agit-pop dont il a fait son métier et son œuvre.
Son œuvre, c’est
Poperetta, album à l’obscure fébrilité, opéra lo-fi nourri de raffinement électro-organique et emprunt de l’étrangeté aurorale de son auteur. Où les chœurs papillonnants viennent s’enivrer à la lumière de boucles hypnotiques. Où un chant hybride, mariant la sensibilité de Robert Wyatt à la solitude azuréenne de Tim Buckley, hante les sombres abîmes pop de Nico, les labyrinthes de Terry Riley ou les cimes inexplorées de Björk. Comme une symphonie de poche dont la taille aurait été dictée par l’espace réduit qui l’a vu naître, mais qui au grand air déploie des ailes immenses.

A charge pour les analystes mélodiques et autres médiums sonores de définir l’atmosphère inclassable dans laquelle flotte SCALDE, styliste affranchi de toute pesanteur catégorielle. Pop atmosphérique, folk psychédélique, trip hop lysergique, ou rock de chambre… Sur scène, entre premières parties fameuses (Blonde Redhead, Matthieu Boogaerts, Tahiti 80, Thomas Fersen…) et festivals internationaux (Primavera Sound en Espagne, aux côtés des Pixies et PJ Harvey), SCALDE multiplie les trouvailles et formules scéniques. Réorchestrant en secret des morceaux qui enfilent sans mal le costume cousu main d’un Protée rock flamboyant. Si loin et à la fois si proche de son travail en studio.

Movida lyonnaise
Cet art de l’apprêt,
SCALDE le met également au service de remixes subtils (Dominique A, Simian, Tahiti 80) ou de productions et arrangements efficaces pour les disques de ses condisciples Selar, Benjamin Fincher ou d’Ex-Magnolia.
Un styliste inclassable
Orfèvre autant que savant (pas si) fou, SCALDE agence les structures de ses chansons comme des mannequins coutures. Puis les habille à sa maniaque convenance, tissant costumes baroques, robes de bal provocantes ou guenilles boisées. SCALDE corsète pour mieux effeuiller, épingle puis dégrafe, au gré des instruments dont use et abuse avec délectation cet homme-orchestre autodidacte (guitares, sitar, piano, synthétiseurs analogiques, glockenspiel, batterie, percussions et flûtes en tout genre…).
Car SCALDE est à la fois la figure de proue et le Pygmalion de la scène pop lyonnaise. Fondateur du label disques puzzle, auquel on doit quelques joyaux du genre, et maître d’œuvre du tremplin pop Dandelyon qui depuis trois ans dévoile la richesse trop souvent occultée de la movida rock lyonnaise (Vale Poher, Fake Oddity, A Song, King Kong Vahiné, The Green Olive). Entre toutes ces activités au service secret de la pop, SCALDE trouve encore le temps de se transformer en DJ pour plastiquer à coups de vinyles les déjà cultes soirées Panorama Pop.
Toujours dans un rôle de passeur musical, il y distille une musique pop pointue qui ne néglige pas pour autant les corps de ses auditeurs, de tubes imparables du moment en curiosités rares venues du fond des âges pop. Ces âges mystérieux et extravagants, nostalgiques et sophistiqués, où la musique de SCALDE semble prendre sa source pour mieux suivre son propre cours. Remontant jusqu’à nous, à travers les époques, puis repartant plus loin, comme une étrangère en pays étrange.
Stéphane Duchêne

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